IntrigueGrande Lessive La Ronron Thérapie Chronologie : 5Úme jour : 08h00 ----- Erin avait entendu parler de l agression du docteur Taylor
Imposerle tutoiement gĂ©nĂ©ralisĂ© comme le vouvoiement gĂ©nĂ©ralisĂ© est une absurditĂ© : il faut laisser Ă chacun le temps de se faire sa place dans lâentreprise et de faire ses choix.
Réflexionéthique du tutoiement et du vouvoiement dans la relation de soin -5- de la personne. Le « vous », quant à lui, est une for mule de politesse, une rÚgle de bienséance
Jai testé les deux, vouvoiement et tutoiement, et je préfÚre finalement le tutoiement (sauf dans le cadre d'un examen). Il me semble que dans les formations concernant la gestion de classe de collÚgues en difficulté, on leur conseille le vouvoiement pour mettre une distance et asseoir leur autorité, mais ce n'est pas une formule magique.
surLa fin du tutoiement dans les le tu Ă©tant rĂ©servĂ© Ă une marque de relation rĂ©servĂ©e Ă Dieu â, il en dĂ©coule que la considĂ©ration accordĂ©e Ă autrui est la mĂȘme pour tous les
Dá»ch VỄ Há» Trợ Vay Tiá»n Nhanh 1s. Cette sĂ©quence sur les Fleurs du Mal de Baudelaire a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par Christian FERRE, agrĂ©gĂ© de lettres modernes, pour ses Ă©lĂšves de 1 Ăšre L du LycĂ©e Mistral Ă Avignon. Elle correspond Ă un travail effectuĂ© en dĂ©but dâannĂ©e et prĂ©sente un apprentissage progressif de la lecture analytique et du commentaire littĂ©raire Baudelaire Les Fleurs du Mal ProblĂ©matique Comment l'Ă©vocation de la femme dans Les Fleurs du Mal rĂ©vĂšle-t-elle des aspects essentiels du lyrisme de Baudelaire, notamment de son dĂ©chirement entre le spleen » et l' IdĂ©al »? Objectifs Histoire littĂ©raire. Genres et registres - DĂ©finir la poĂ©sie lyrique et approfondir l'Ă©tude du registre lyrique - DĂ©couvrir la singularitĂ© du lyrisme de Baudelaire Ă travers l'Ă©vocation de la femme dans les Fleurs du mal - Ătudier l'architecture d'un recueil/livre de poĂšmes. Situer une oeuvre dans son contexte. MĂ©thodologie - Mener l'Ă©tude d'un poĂšme lyrique Ă l'aide des outils d'analyse appropriĂ©s - Consolider les savoirs techniques, versification et rhĂ©torique figures de style, pour les mettre au service de la construction du sens ; - Consolider la mĂ©thodologie de la lecture analytique et du commentaire. Ăvaluations âą Formative rĂ©diger la prĂ©sentation de Parfum exotique » âą Sommative devoir type Bac preparation - RĂ©daction d'une rĂ©ponse Ă une question portant sur un corpus de poĂšmes 1h La chevelure », Les Fleurs du mal Le serpent qui danse », Les Fleurs du mal Un hĂ©misphĂšre dans une chevelure », Le Spleen de Paris - RĂ©daction de l'introduction et d'un axe du commentaire du Serpent qui danse » l'Ă©loge de la femme. Devoir sur table 2h. DurĂ©e 16 heures. 1Page 2 and 3 I. PLAN DE LA SEQUENCE SĂ©ance 1 Page 4 and 5 I - DĂ©couverte du poĂšme - Ă prePage 6 and 7 d'autres sensations, olfactives et Page 8 and 9 contexte? - Qu'est-ce que la prĂ©sePage 10 and 11 marques de la civilisation. - L'adjPage 12 and 13 poĂšte s'adresse Ă cette femme avePage 14 and 15 SĂ©ance 4 L'Invitation au voyagPage 16 and 17 âą En vertu de cette relation entrPage 18 and 19 Conclusion Le thĂšme du voyage appPage 20 and 21 fusion avec la femme, comme la voloPage 22 and 23 Introduction Le sonnet est construiPage 24 and 25 SynthĂšse âą Une beautĂ© moderne iPage 26 and 27 SĂ©ance 7 SynthĂšse l'architectuPage 28 and 29 ville, la rĂ©volte contre Dieu et l
Chez les Anglo-Saxons, pas dâhĂ©sitation, tout le monde se dit âyouâ. En France, on balance entre le âvousâ et le âtuâ selon des codes non-dits mais trĂšs prĂ©cis⊠A un militant de base qui lui demandait Je peux te tutoyer ? », François Mitterrand aurait rĂ©pondu Si vous voulez ! », raconte la journaliste Claude Aubry dans Dites-moi tu ! Horay, 1999. Aucun risque de subir un tel affront pour un Anglo-Saxon de lâautre cĂŽtĂ© du Channel et Outre-Atlantique, pas dâambiguĂŻtĂ© ni dâalternative, il nâexiste quâun seul pronom, you ». En Afrique du Nord, en revanche, le tutoiement est de rigueur, le BerbĂšre nâa pas de mot pour dire vous ». Chez nous, oĂč les deux sâutilisent, il sâagit dâapprendre les codes qui les rĂ©gissent, la difficultĂ© Ă©tant que lâessentiel relĂšve de lois non Ă©crites et que lâenjeu est dâimportance un tu » inappropriĂ© peut passer pour un manque de respect et installer immĂ©diatement celui qui le profĂšre dans la peau dâun grossier personnage, mal Ă©duquĂ©. En fait, de tu » Ă vous », câest tout un univers relationnel qui se dessine de lâĂ©galitĂ© Ă la domination, de lâintimitĂ© Ă la trivialitĂ©, de la provocation Ă la soumission, de la fraternitĂ© Ă lâexclusion⊠Autant de raisons de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant dâĂȘtre Ă tu et Ă toi ». Le âtuâ Ă©galitaire Dessine-moi un mouton. » Lâenfant, puisquâon sadresse Ă lui ainsi, imagine lâunivers uniquement constituĂ© de tu ». Nâayant pas encore accĂšs aux diffĂ©rences de race, de classe ou de gĂ©nĂ©ration, tous les humains sont pour lui ses semblables, sans distinction. Toi, tu es moche », lance-t-il Ă la vieille dame qui vient de lui dire quâil Ă©tait vraiment mignon. Et le SDF ou le chef dâentreprise sont logĂ©s Ă la mĂȘme enseigne. Tant quâil nâest pas initiĂ© aux codes langagiers, quâil nâa pas intĂ©grĂ© les rĂšgles de la biensĂ©ance qui permettent aux adultes de se repĂ©rer socialement, lâenfant instaure une position dâĂ©galitĂ© entre lui-mĂȘme et tous ceux qui lâentourent », explique un instituteur. En gĂ©nĂ©ral vers 6-7 ans, il apprend Ă vouvoyer les grandes personnes. En tout cas, quand il sâagit dâinconnus, car il tend Ă conserver le tutoiement pour sâadresser Ă ses proches. Dans les grandes familles bourgeoises ou aristocratiques, en revanche, le vouvoiement est presque toujours obligatoire. On se dit vous » entre parents et enfants, entre conjoints. Petit, mon pĂšre, entourĂ© de domestiques, ne voyait ses parents que tous les 36 du mois, se souvient Arnaud. Sâil a maintenu le traditionnel vouvoiement, il Ă©tait en mĂȘme temps trĂšs proche de moi, et ce âvousâ crĂ©ateur de distance ne mâempĂȘchait pas de le âvannerâ. Ce nâest que devant mes amis que ce vouvoiement me gĂȘnait marquant trop clairement notre diffĂ©rence de milieu, jâen avais honte et jâĂ©vitais de mâadresser directement Ă mon pĂšre. » Devenu pĂšre et faisant fi de sa particule, il a pris le parti de tutoyer sa fille. Sur le plan psychologique, tutoyer revient Ă sâidentifier Ă lâautre, le pronom tu » crĂ©ant une communautĂ© affective ou dâintĂ©rĂȘt, quâelle soit Ă©phĂ©mĂšre ou durable. Câest pour cela que deux personnes, lorsquâelles se rencontrent dans une salle de sport ou un hĂŽtel du bord de mer, nâhĂ©siteront pas trop Ă se tutoyer. On partage la mĂȘme passion, on a choisi le mĂȘme lieu de vacances, et ces affinitĂ©s rendent le tutoiement admissible. Alors que si les mĂȘmes personnes se croisent, anonymes, au coin dâune rue, elles vont tout naturellement se vouvoyer. La communautĂ© produite par le tu » explique pourquoi il est omniprĂ©sent dans les partis politiques, les syndicats ou les loges maçonniques. A toi de prendre la parole camarade ! » Au Parti, le tutoiement est de rigueur explique une militante communiste. Par Ă©galitĂ©, fraternitĂ©, et justement par opposition aux classes dominantes et bourgeoises. » Mais attention, ces tu »-lĂ sont plus complexes quâil nây paraĂźt et se modulent en fonction des milieux et des castes, produisant des degrĂ©s de fraternitĂ© trĂšs variables. Chez les francs-maçons, par exemple, on se tutoie, en se tenant les coudes, dans la discrĂ©tion, car on partage un mĂȘme secret rĂ©vĂ©lĂ© lors de lâinitiation du maçon dĂ©butant. Dans le show-biz, la publicitĂ© ou la presse, câest un signe de reconnaissance Ecoute, coco, on est entre nous. » Le âtuâ dâautoritĂ© Tu mouches ton nez et tu dis bonjour Ă la dame. » Câest par ces petites phrases que lâadulte initie lâenfant aux codes destinĂ©s Ă le transformer en ĂȘtre civilisĂ©. Et comme tous les petits, Quentin, 6 ans, les dĂ©teste ArrĂȘte de me donner des ordres », rĂ©torque-t-il Ă sa mĂšre. Ce nâest cependant que le dĂ©but dâun long apprentissage Ton cahier est un torchon », lui lancera lâinstituteur ; Tu as encore oubliĂ© le pain ! » lui reprochera plus tard son conjoint. Certains tu » ont pour seule fonction de nous apprendre Ă courber lâĂ©chine, et de nous rappeler quâentre nos dĂ©sirs et ceux des autres se tient souvent un large fossĂ© ! Renoncer au libre exercice de ses pulsions et impulsions, les refouler dans les profondeurs de lâinconscient, est le BA de la vie en sociĂ©tĂ©, nous apprend la psychanalyse. Attention pourtant Ă ces tu » si impĂ©ratifs. Ils sont porteurs de menace, de dĂ©valorisation, dâĂ©tiquetage, analyse le psychosociologue Jacques SalomĂ©, qui conseille dâen moduler lâusage. Toute relation, pour ĂȘtre vivante et le rester, suppose une alternance de positions dâinfluence acceptĂ©e et acceptable par les protagonistes. » Le âtuâ amoureux Le cĂ©lĂšbre Tâas de beaux yeux, tu sais » pulvĂ©rise la distance entre amoureux. La mĂȘme phrase vouvoyĂ©e ou vousoyĂ© â les deux verbes ont longtemps Ă©tĂ© en concurrence â nâaurait certes pas le mĂȘme effet. Les AmĂ©ricains, contraints de vivre dans lâunivers du vous », tentent de dĂ©passer cet obstacle en Ă©maillant leurs propos amoureux de Honey », Darling », Dear », etc. Horripilant, pour nos oreilles françaises habituĂ©es Ă dĂ©tecter la progression de lâintimitĂ© entre deux ĂȘtres par le merveilleux passage du vous » au tu ». A ces avalanches de mon miel », mon sucre » et autres douceurs, nous prĂ©fĂ©rons tellement ces dĂ©licieux trĂ©buchements verbaux qui nous font demander soudain Veux-tu un peu dâeau », Ă celui que nous vouvoyions encore quelques minutes auparavant. Ce tutoiement inopinĂ© rĂ©vĂšle alors notre dĂ©sir de rapprochement. Impossible alors de revenir en arriĂšre. Au stade oĂč lâon peut dire Jâai envie de toi », les choses sont dĂ©jĂ trĂšs avancĂ©es, et Ă peu prĂšs irrĂ©versibles⊠Encore faut-il pouvoir parler dans ces premiers instants », note GĂ©rard Zwang dans La Fonction Ă©rotique Laffont, 1978. Mais il y a aussi le vous-Ă©rotique » auquel tiennent certains couples Jâai envie de vous » signifie alors comme la premiĂšre fois ». Coquetterie de langage, il anoblit les propos les plus Ă©grillards Faites de moi votre esclave ! » Ce vouvoiement Ă©rotico-ludique a le pouvoir magique de nourrir la flamme du dĂ©sir. Il la protĂšge de lâusure, entraĂźnant les partenaires de la proximitĂ© Ă la mise Ă distance feinte, tout en convoquant tour Ă tour lâĂ©lĂ©gance, lâhumour, la tendresse ou lâironie, courroucĂ©e. Vous ĂȘtes mon lion superbe et parfois gĂ©nĂ©reux », se moque ainsi Aline Ă lâadresse de son Ă©conome mari. Mais quand la rupture est inĂ©vitable, Patricia Kass, chante âJe te dis vousâ. Le âtuâ agressif Rien dâinnocent dans le Nique ta mĂšre », rĂ©ponse au raciste Tâes pas dâici toi ? » ou au trĂšs policier Tes papiers ! ». Quand le vernis des apparences craque surgit le tu-insulte » que les automobilistes utilisent comme une seconde langue Va donc, eh, gros con ! » AllĂšgre, tu nous gonfles, arrĂȘte ton baratin », clamaient les slogans quand il Ă©tait ministre de lâEducation nationale. Avec des tu » adressĂ©s Ă ceux quâordinairement, par dĂ©fĂ©rence, on vouvoie, les foules mĂ©contentes se dĂ©foulent. Inversement, le jour oĂč vos collĂšgues rĂ©pondent par un vous » Ă votre tu » convivial, lâheure de la retraite sonne. DĂ©sormais, confie Claude Aubry, qui rentre dans cette tranche dâĂąge, si on me tutoie dâoffice, câest quâon est myope, perclus de bonnes intentions, Ă©tourdi ou quâon veut tellement me faire plaisir que ça mĂ©rite une mĂ©daille. » Les âtuâ piĂ©gĂ©s Au restaurant, jâai saluĂ© dâun âComment vas-tu ?â un acteur de sĂ©rie tĂ©lĂ©, dont le visage mâĂ©tait si familier que je lâai pris pour un proche », raconte JĂ©rĂŽme. Deux jours plus tard, un inconnu lâaborde dans le mĂ©tro dâun Quel plaisir de te revoir ! » DĂ©semparĂ©, il fouille et maudit sa mĂ©moire qui ne lui indique nulle trace de son interlocuteur. Quand celui-ci finit par lui demander un peu dâargent, Je me suis empressĂ© de lui donner. » Par deux fois, JĂ©rĂŽme sâest fait piĂ©ger. Chez Thompson CSF, une nouvelle note de service vient dâencourager les tenues vestimentaires dĂ©contractĂ©es et le tutoiement »⊠le vendredi ! Tout le monde sâest demandĂ© si câĂ©tait une blague », a racontĂ© un employĂ© Ă un journaliste de LibĂ©ration 4/9/2000. En tout cas, il sâagit dâun excellent exemple du tu » dĂ©magogique, car cette invite a, en vĂ©ritĂ©, valeur dâimpĂ©ratif. Ce diktat place les Ă©quipes dans une position fausse⊠Câest souvent une âculture du semblantâ issue de la hiĂ©rarchie, que lâon encourage sous prĂ©texte de âculture dâentrepriseâ », souligne la psychanalyste Marie-Louise Pierson. Quel joli tour de passe-passe en effet la direction feint dâoffrir lâintimitĂ© du tu » pour mieux asseoir son pouvoir ! Mais le tu » peut se montrer encore plus piĂ©geant. Dans le cadre des disputes conjugales notamment ! OĂč il masque parfois un je » qui nâa pas le courage de se montrer, affirme SalomĂ©. Dans ce contexte, la critique Ta robe rouge ne te va pas » formulĂ©e par le conjoint doit ĂȘtre compris comme un aveu Je nâaime pas ta robe rouge. » Ce tu »-lĂ est une prise de pouvoir sur lâautre. Se sentant prisonniĂšre dâun jugement sans appel, la femme va rĂ©agir par la violence. Pour Ă©viter le conflit, il serait plus judicieux de formuler un Je trouve que cette robe rouge ne te va pas », qui respecte la libertĂ© de lâautre et lui laisse une porte de sortie honorable Moi, câest ta cravate qui me fait penser Ă un perchoir pour cacatoĂšs. » Une nuance de taille, qui consiste Ă parler de soi » au lieu de parler sur lâautre ». Et qui permet dâĂ©viter les conversations klaxon » Tu⊠Tu⊠» Pourquoi câest difficile Jâai du mal Ă tutoyer les gens, et je dĂ©teste que le tutoiement me soit imposĂ©, se plaint la timide Amandine. Il y a des âtuâ dominateurs qui sous-entendent âMa petite, tu as encore Ă prendre de la graineâ ; des âtuâ complices, alors que je ne suis pas du tout sur la mĂȘme longueur dâonde ; des âtuâ qui laissent planer un doute sur la nature de mes relations. Il en est aussi de trĂšs gentils, amicaux, mais moi, il me faut du temps. MoralitĂ© je passe pour une pimbĂȘche. » Les rĂ©ticences face au tutoiement signalent une apprĂ©hension devant lâintimitĂ©. Câest le cas des timides, des phobiques du contact, qui craignent Ă la fois les intrusions extĂ©rieures et de paraĂźtre intrusifs. Entre proches, entre amis, doit-on forcĂ©ment se tutoyer ? Chacun est maĂźtre de son espace verbal, rappelle Marie Louise Pierson, auteur de LâIntelligence relationnelle Editions dâorganisation, 1999. Aussi, soyez sensibles aux repĂšres, frontiĂšres, limites que placent vos interlocuteurs et respectez-les⊠Câest leur libertĂ© fondamentale, celle de moduler leurs distances en fonction de leur ressenti. » Ma maison est mitoyenne de celle dâun couple, devenu ami, explique Christine. Nous nous apprĂ©cions beaucoup, nous dĂźnons et sortons ensemble. Pourtant, nous ne sommes jamais passĂ©s au tutoiement. Nous avons dĂ©cidĂ© de garder cette distance pour prĂ©server notre intimitĂ©. Nous sommes voisins, il ne faut pas lâoublier. » Comment parler Ă Dieu Dieu sâadresse aux hommes en les tutoyant Tu ne tueras point, tu ne commettras pas lâadultĂšre, tu quitteras ton pĂšre et ta mĂšre. » Mais ce tutoiement-lĂ nâadmet pas la rĂ©plique. Les dĂ©sobĂ©issances se vĂ©rifient peut-ĂȘtre quotidiennement, mais pas question de rĂ©pondre au Seigneur Tais-toi et laisse-moi tranquille ! » Depuis le concile Vatican II 1962-1965, les fidĂšles ont lâautorisation de tutoyer lâEternel dans leurs priĂšres Donne-nous chaque jour notre pain quotidien. » Lorsquâil convoque ce concile, le pape Jean XXIII est mĂ» par la volontĂ© de moderniser lâEglise et dâunifier la communautĂ© chrĂ©tienne. Dans ce contexte, ce tutoiement inĂ©dit place chaque chrĂ©tien Ă Ă©galitĂ© devant Dieu. Paul VI, successeur de Jean XXIII, a, de plus, le souci de personnaliser la relation de la crĂ©ature â nous â Ă son CrĂ©ateur. Câest dire que, ce passage du vous » au tu », sâil ne nous apprend rien sur la nature divine, en dit long sur le dĂ©sir de lâEglise de ne pas paraĂźtre trop anachronique.
Cet article a Ă©tĂ© publiĂ© il y a 7 ans 4 mois 24 jours, il est donc possible quâil ne soit plus Ă jour. Les informations proposĂ©es sont donc peut-ĂȘtre expirĂ©es, les commandes ne sont peut-ĂȘtre plus un dĂ©bat bien français, puisque presque exclusif Ă la langue française, que je rumine dans ma tĂȘte suite Ă deux Ă©vĂšnements lâentrĂ©e en vigueur des nouvelles rĂšgles pour la Police Nationale et jâinsiste sur les majuscules, merci maitre Eolas, et ma rĂ©cente prise de contact avec un potentiel futur employeur. Jâexplique. Je tiens Ă dire que je ne suis ni linguiste, ni expert, je ne suis quâune personne bizarre qui a appris Ă aimer la langue française aprĂšs ĂȘtre sorti de lâĂ©cole », et qui apprĂ©cie un peu plus chaque jour ses subtilitĂ©s, et dĂ©plore Ă quel point elle souffre avec les nouvelles gĂ©nĂ©rations. Tutoyer, vouvoyer. GĂ©nĂ©ralement, on vouvoie une personne adulte quâon ne connaĂźt pas, ou qui, dans le cadre de lâentreprise par exemple, est bien plus haut perchĂ© dans lâorganigramme. A mettre sur le compte de la politesse. On tutoie un enfant, un ami, un membre de la famille. Justement, on parle de familiaritĂ©. Je vous laisse regarder dans le dictionnaire, vous comprendrez mieux. Bien, mais toutes ces conventions sont transmises par notre Ă©ducation, qui se fait avant tout dans le monde physique. Dans le monde numĂ©rique cependant, il nâest pas rare de tutoyer le premier inconnu venu sur un forum, un rĂ©seau social, les commentaires dâun blog, bref, tout espace dâĂ©change. Souvent, tutoyer quelquâun quâon ne connaĂźt pas est pris comme une agression, un manque de respect, du moins dans le monde physique. Mais est-ce pour autant vrai, alors que le numĂ©rique, qui nous prend une part de notre temps de plus en plus importante, nous pousse Ă modifier nos conventions, jusque dans le monde physique ? Avant de rĂ©pondre plus avant sur le cas français, jâaimerais faire un rapide Ă©tat des lieux, et des parallĂšles avec notre belle langue que jâaffectionne. Tutoyer nâexiste pas en anglais, le you » signifie indiffĂ©remment tu » et vous », singulier et pluriel. Ou plutĂŽt devrais-je dire il nâexiste plus, car en vieil anglois, le pronom Thou » Ă©tait souvent utilisĂ© dans ce cadre. Les espagnols et les italiens ont un pronom dĂ©diĂ© Usted et Lei respectivement, quâils conjuguent Ă la troisiĂšme personne du singulier. Ătonnant quand on sait que certaines personnes, par politesse le sujet de dĂ©part, sâadresseront Ă vous Ă la troisiĂšme personne Comment il va ? » vous demandera une personne probablement dâun certain age, pour ne pas dire dâun age certain. Si je ne dis pas de bĂȘtise, les allemands utilisent la troisiĂšme personne du pluriel. Pour les autres langues, je vous laisse lire la fiche Wikipedia qui va bien. Dâailleurs, il est courant pour une personne, typiquement anglophone de naissance, de se mettre Ă vous tutoyer naturellement, car elle apprendra dâabord que you » se traduit tu ». Rien dâirrespectueux, dâimpoli, juste une maladresse de traduction. Nos cerveaux sont joueurs. Et ce nâest pas limitĂ© aux anglophones, jâai eu lâoccasion de travailler avec des suĂ©dois, des thaĂŻlandais, et tous ont du mal Ă saisir ce vouvoiement les premiers temps. Tout le monde pourra regarder ce quâil fait, aussi bien dans le numĂ©rique que dans le physique, et quand je vais dĂ©crire mon cas, jâespĂšre que vous serez surpris. Sur Twitter, je vais probablement tutoyer directement des personnes comme Korben ou Bluetouff, mais je vais vouvoyer Bernard pivot. Je nâai pourtant pas moins de respect pour les premiers que pour le dernier. Je ne cherche pas non plus une plus grande familiaritĂ© pour les uns, ou plus de politesse que les autres. En fait je ne me suis jamais posĂ© la question. Plus Ă©trange, si un jour je viens Ă les rencontrer physiquement au dĂ©tour dâune convention par exemple, je les vouvoierais probablement. Sur un forum, rares sont les fois oĂč je vouvoie une personne, sauf si cette personne commence par me vouvoyer. Parce quâau-delĂ de garder un mĂȘme niveau de dialogue, si la personne cherche par le vouvoiement Ă me montrer du respect, de la politesse, il est tout naturel et presque obligatoire de rendre ce respect, cette politesse. Pourtant, quand je tutoie dâentrĂ©e, rien dans mon esprit ni dans mes mots ne cherche Ă tĂ©moigner un manque de respect. Je parlais de contact pour un futur emploi, et la personne, qui est pourtant pratiquement tout en haut de lâĂ©chelle de lâentreprise avec laquelle jâai Ă©tĂ© mise en contact. Et cette personne mâa adressĂ© la parole directement en me tutoyant, et jâai rĂ©pondu en vouvoyant. En suis-je offensĂ© pour autant ? Non, car il y a quelque chose de vital le contexte. Câest trĂšs vaste comme concept, car le contexte peut aussi bien dĂ©signer la forme du tutoiement, quand il est Ă©crit, le ton quand la discussion est orale, les gestes quand il y en a, lâinfluence de la hiĂ©rarchie pour reprendre mon cadre de lâentreprise. Revenons aux Ă©volutions amenĂ©es par le numĂ©rique, et en particulier Twitter. Pourquoi ? Le relatif anonymat procurĂ© par les espaces en ligne introduit une forme de familiaritĂ©, car tout le monde peut ĂȘtre nâimporte qui. Et le nombre de caractĂšres pousse Ă aller Ă lâessentiel. Il est donc courant de se tutoyer tout en Ă©tant de parfaits inconnus. Faut-il penser que les Twittos sont donc dĂ©nuĂ©s des notions de respect et de politesse ? Non, car comme jâai dit, le contexte de lâanonymat et de la contrainte des messages limitĂ©s en taille pousse Ă ce comportement. Il ne faut donc par dĂ©faut jamais se sentir attaquĂ© par un tutoiement. Je ne dis pas que tu vas bien ? » et tâes un gros con » doit ĂȘtre traitĂ© de la mĂȘme maniĂšre, lĂ , on touche simplement au contenu, plus au contexte. Pour reprendre le sujet, si le premier contact peut paraĂźtre trĂšs familier dans le contexte dâun recrutement, les messages par mail, eux, sont plus reprĂ©sentatifs dâun tutoiement qui peut ĂȘtre respectueux. Dans un mail, on a la place de dire bonjour, de dire bon weekend, il est donc plus facile dâĂȘtre Ă lâaise quand on vous tutoie. Pour en revenir au monde physique, je vous invite Ă vous rendre dans un restaurant dit routier, et Ă©couter les conversations. Vous verrez que souvent, tout le monde se tutoie, alors mĂȘme que personne ne se connaĂźt. Je suis magasinier de formation, et moi-mĂȘme je me suis pris Ă tutoyer des camionneurs Ă peine rencontrĂ©s, quand jâai mis plusieurs mois Ă tutoyer certains collaborateurs avec qui je discutais pourtant tous les jours. Ai-je pourtant moins de respect pour les uns que les autres ? Ai-je lâintention dâĂȘtre moins poli ? Non, dans ce contexte, tutoyer permet dâinstaller une forme de familiaritĂ© qui permet de se sentir Ă lâaise, et rend les Ă©changes plus simples, plus fluides, plus efficaces. Un sentiment quâon pourrait traduire sur les rĂ©seaux sociaux par on est une grande famille dâinternautes ». Encore quâĂȘtre internaute implique bien plus que de se balader sur Facebook ça câest surfer sur un seul site web, un internaute, câest bien plus que ça. Mais je digresse. Doit-on donc se laisser tutoyer Ă tout bout de champ plus souvent dans le monde physique quâauparavant ? Non, mĂȘme si les policiers rĂąlent comme des gamins Ă qui on confisque un jouet plus sur le matricule il est vrai, nous avons cette distinction de respect, de politesse, et de dignitĂ© quâest le vouvoiement, et je pense que tout le monde devrait au moins sâen souvenir, voir lâapprendre pour les plus demeurĂ©s. Non pas quâil soit dĂ©placĂ© par la suite de tutoyer une personne quâon connaĂźt Ă peine, mais lĂ encore il convient dâanalyser le contexte avant de prendre sa dĂ©cision. Vous ne me connaissez pas, si vous me tutoyez tout en restant correct, je nâaurais aucun problĂšme. Mais dâautres le prendront peut-ĂȘtre mal, avec pourtant la mĂȘme me suis senti agressĂ© par des policiers qui nâont pas hĂ©sitĂ© Ă me tutoyer dâemblĂ©e, quand des gendarmes ayant les mĂȘme besoins se sont adressĂ©s Ă moi en me vouvoyant, me laissant une bien meilleure impression. Vouvoyer permet souvent, du moins dans nos contrĂ©es avec lâĂ©ducation quâon reçoit gĂ©nĂ©ralement, de ne blesser personne quand bien mĂȘme câest involontaire. Ceci dit si lâon vous tutoie, rĂ©flĂ©chissez un peu avant de prendre ça pour une attaque. Nous avons tous la chance de disposer de cette nuance qui est utile aussi bien dans le monde physique que dans le monde numĂ©rique. Il serait dommage de sâen passer.
Les Sonnets » dans la PlĂ©iade Shakespeare, câest tout un poĂšme AdulĂ© pour son théùtre flamboyant, Shakespeare a Ă©galement signĂ© une oeuvre poĂ©tique remarquable, rassemblĂ©e dans un tout nouveau volume de La PlĂ©iade. Lâoccasion de revenir sur lâĂ©nigme de ses Sonnets ». Leurs sens multiples, leurs jeux de mots, leur rythme et leur harmonie Ă©blouissent encore aujourdâhui. Par Philippe Chevilley La troupe du Berliner Ensemble en 2010, dans une mise en scĂšne de Robert Wilson de 25 sonnets de Shakespeare sur une partition musicale de Rufus Wainwright. ©RUBY WASHINGTON/The New York Tim > ZOOM cliquer lâimage On a Ă©prouvĂ© les tempĂȘtes et les guerres, admirĂ© et haĂŻ les rois, rit avec les fous, pleurĂ© avec les amants dĂ©sunis, tutoyĂ© le ciel et la terre⊠Cette fois, lâaventure est terminĂ©e le huitiĂšme et dernier tome des oeuvres complĂštes de William Shakespeare 1564-1616, en Ă©dition bilingue dans une nouvelle traduction, est paru dans La PlĂ©iade. Un bouquet final dĂ©diĂ© Ă la poĂ©sie du grand Will. Pour Jean-Michel DĂ©prats, qui travaille Ă cette somme depuis deux dĂ©cennies, traduire les fameux Sonnets - au coeur de cet ultime tome - nâa pas Ă©tĂ© la partie la plus facile. Il mâa fallu deux ans et demi pour y parvenir⊠» A titre dâexemple, jâai passĂ© autant de temps sur le sonnet 135 que sur une piĂšce entiĂšre ». Ce sonnet adressĂ© Ă une mystĂ©rieuse dame brune concentre Ă la fois tout le gĂ©nie et la complexitĂ© de lâoeuvre polysĂ©mie sexuelle, passion des jeux de mots, rythme hypnotique. Le poĂšte joue avec Will, son prĂ©nom, et celui dâun rival qui dĂ©signe en anglais Ă la fois le verbe vouloir et lâorgane sexuel masculin ou fĂ©minin. De Will » en will », il reproche Ă sa maĂźtresse de se donner Ă tous les hommes, mais pas Ă lui . Pour ne pas altĂ©rer le sens et lâeffet produit, jâai diversifiĂ© les traductions correspondant aux significations diverses.. en restant proche quand câest possible du son âwillâ par exemple avec le mot âouiâ ». Fabuleux paradoxe Les Sonnets constituent un fabuleux paradoxe. Dâun cĂŽtĂ©, ils illustrent la cohĂ©rence du gĂ©nie shakespearien, dramaturge et poĂšte Ă part entiĂšre. En dĂ©voilant ce qui semble ĂȘtre sa part intime, ils inclinent Ă penser que lâhomme a bel et bien existĂ©, que Shakespeare nâest pas le nom de code dâun collectif, comme certains le prĂ©tendent. Mais dâun autre cĂŽtĂ©, par leur singularitĂ© et leur caractĂšre Ă©nigmatique, ils accroissent le mystĂšre dâun destin extraordinaire - celui de ce fils de gantier qui, une fois mariĂ©, a brutalement renoncĂ© Ă sa petite vie paisible dans la ville de Stratford pour conquĂ©rir Londres et le monde. Lorsque Shakespeare sâattaque au sonnet, ce genre noble est tombĂ© en dĂ©suĂ©tude. QuâĂ cela ne tienne ! Dans son introduction au tome de La PlĂ©iade, lâuniversitaire Anne-Marie Miller-Blaise 1 explique que le dramaturge sâest emparĂ© du modĂšle de PĂ©trarque - ode trĂšs codifiĂ©e Ă lâamour sublimĂ© - pour mieux le subvertir. La structure, trois quatrains suivis dâun distique, sert son dessein exposer des pensĂ©es, pour mieux les questionner, voire les contredire Il retourne les choses, les mots, fait Ă©clater tous leurs sens ». Selon la spĂ©cialiste, pour Shakespeare, il nây a pas dâinterdit du langage. De coĂŻncidence en coĂŻncidence, il nous invite Ă abolir lâinconscient de la langue ». Jeune Ă©phĂšbe et dame brune La subversion tient aussi aux Ă©panchements Ă©quivoques du poĂšte. Dans les 126 premiers sonnets, il exprime son amour pour un jeune homme ; dans les 28 derniers, son dĂ©sir pour la sulfureuse Dark Lady ». Le chassĂ©-croisĂ© vire au trio amoureux quand le poĂšte jaloux reproche Ă la dame de vouloir sĂ©duire son amant. Sâil semble ne pas vouloir passer Ă lâacte avec le jeune homme il le voue au lit des femmes et lâincite Ă se reproduire, il brĂ»le apparemment de dĂ©sir pour lâintrigante dame brune. Cette bisexualitĂ© affichĂ©e nâest pas si surprenante Ă lâĂ©poque Ă©lisabĂ©thaine oĂč lâadolescent Ă©tait volontiers considĂ©rĂ© comme un ĂȘtre androgyne. Mais en faire le fil rouge de ses poĂšmes est osĂ©. Les Sonnets de Shakespeare Illustration du peintre lituanien Stasis Krasaukas pour une Ă©dition de 1966 des Sonnets Difficile de faire le lien avec la vie intime de Shakespeare. On ignore en effet lâidentitĂ© de ce duo dâamant et maĂźtresse. Lâadresse des poĂšmes Ă un certain W. H. a permis aux historiens dâĂ©chafauder moult thĂ©ories plus ou moins fumeuses en ce qui concerne le nom du garçon. Aucune dame brune nâa en revanche Ă©tĂ© dĂ©busquĂ©e dans son entourage⊠Ces serments dâamour ne sont peut-ĂȘtre aprĂšs tout que des fantasmes ou une licence, lâesquisse dâun manifeste poĂ©tique amoureux. William confinĂ© Reste la question intrigante de la publication tardive des sonnets 1609. Shakespeare les a probablement Ă©crits beaucoup plus tĂŽt. Un indice dans Peines dâamour perdues » 1594-1596, le personnage de Rosaline fait beaucoup penser Ă la Dark lady », souligne Jean-Michel DĂ©prats. Selon le traducteur, la pĂ©riode dâĂ©criture correspond probablement Ă lâĂ©pidĂ©mie de peste. Les théùtres Ă©taient fermĂ©s⊠». Shakespeare confinĂ© se rabat sur la poĂ©sie⊠Etrange rĂ©sonance avec aujourdâhui ! Si cette partie de son oeuvre a Ă©tĂ© Ă©ditĂ©e sur le tard, câest peut-ĂȘtre parce que son auteur nâavait pas pensĂ© Ă les publier, prĂ©fĂ©rant les faire tourner parmi un groupe dâamis ou de protecteurs. AccaparĂ© par le théùtre, il nâavait sans doute pas le temps de les mettre en forme » , suggĂšre Anne-Marie Miller-Blaise. Dâautant que ses piĂšces reprĂ©sentaient une activitĂ© bien plus lucrative. Un recueil de poĂ©sie Ă©tait vendu une fois pour toutes Ă une librairie ». ConsĂ©quence, les Sonnets connaissent peu de succĂšs de son vivant. Et quand on les redĂ©couvrira aprĂšs sa mort, ce sera surtout pour dĂ©noncer leur caractĂšre licencieux. Ce traitement particulier du dĂ©sir, du temps, de lâĂ©ternitĂ© trouve encore un Ă©cho de nos jours. La langue des sonnets apparaĂźt trĂšs moderne, proche de la nĂŽtre Cette oeuvre si agile connaĂźtra finalement un Ă©blouissant retournement de fortune. En particulier en France, deux siĂšcles plus tard, quand les romantiques font du poĂšte anglais leur barde » favori. Cette exaltation de lâamour, ce traitement particulier du dĂ©sir, du temps, de lâĂ©ternitĂ© trouve encore un Ă©cho de nos jours. La langue des sonnets apparaĂźt trĂšs moderne, proche de la nĂŽtre » , explique Anne-Marie Miller-Blaise. Jean-Michel DĂ©prats est du mĂȘme avis Tous les Ă©tats de lâamour y sont convoquĂ©s, Ă la façon de Roland Barthes. Les Sonnets nous proposent un parcours amoureux diversifiĂ©, souvent douloureux, plus rarement portĂ© par la joie de la beautĂ© et de la fidĂ©litĂ© ». Ils Ă©voquent aussi le temps qui nous est comptĂ©, le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre des passions. Des thĂšmes Ă©ternels dans une langue sans Ăąge⊠En tĂ©moignent les publications et les nouvelles traductions qui ne cessent de se multiplier en ce dĂ©but de millĂ©naire. Alexandrins blancs DES THEMES QUI TROUVENTENCORE UN ECHO DE NOSJOURS ET UNE LANGUE QUIAPPARAĂT TRES MODERNEPROCHE DE LA NĂTRE Le volume de La PlĂ©iade offre justement en bonus une anthologie des meilleures traductions des sonnets en français depuis deux siĂšcles. Chateaubriand, Francois-Victor Hugo, Yves Bonnefoy, Claude Neumann⊠quelque soixante auteurs et autant de visions diffĂ©rentes explorent tous les possibles dâune oeuvre inĂ©galĂ©e. Quid de la version de Jean-Michel DĂ©prats ? Jâai voulu Ă©viter deux extrĂȘmes un excĂšs de formalisme, la recherche de la rime pour la rime qui dĂ©nature le sens des mots et du poĂšme dans son ensemble. Ou Ă lâinverse une transposition dans une prose qui oublierait la poĂ©sie ». Aussi revendique-t-il un entre-deux » Jâai optĂ© pour des alexandrins blancs sans rime en mâautorisant de rares Ă©carts quelques dĂ©casyllabes et vers de quatorze syllabes quand jây Ă©tais contraint ». RĂ©sultat, un beau travail Ă©quilibrĂ© qui prĂ©serve la magie de ces vignettes miraculeuses, respecte la musique des vers, en clarifiant au maximum le propos. Le traducteur reste humble Il y a tellement de polysĂ©mie, tenter une traduction parfaite est vouĂ© Ă lâĂ©chec. On ne peut pas rendre en français toute cette richesse. On ne peut faire entendre que deux ou trois sens sur six ou sept. Câest peut-ĂȘtre un avantage⊠car les Anglais, Ă vouloir tout saisir sây perdent parfois » ⊠Il faut en tout Ă©tat de cause ne pas hĂ©siter Ă consulter les notes de lâouvrage qui permettent de contextualiser chaque sonnet donnĂ©es historiques, convictions de lâĂ©poque⊠Et pour en saisir toute la substantifique moelle, certains mĂ©ritent dâĂȘtre lus deux ou trois fois. Contre la violence sexuelle En contrepoint, La PlĂ©iade a rĂ©uni les autres oeuvres poĂ©tiques de Shakespeare, dont les deux poĂšmes narratifs Ă©rotico-mythologiques VĂ©nus et Adonis » 1593 et Le Viol de LucrĂšce » 1594 traduits par Henri Suhamy. En apparence convenus, ils traitent avec audace du dĂ©sir et de ses perversions VĂ©nus prĂȘte Ă tout pour sĂ©duire Adonis, Tarquin qui franchit toutes les portes de lâabjection pour possĂ©der LucrĂšce. Moins retravaillĂ©s, fulgurants, ils frappent par leur cĂŽtĂ© poignant et leur incroyable ironie », affirme Anne-Marie Miller-Blaise. Le viol de LucrĂšce », en particulier sâavĂšre extralucide dans sa maniĂšre de dĂ©monter la violence sexuelle. TrĂšs proche dâun texte dramatique, le poĂšme a lâenvergure et la majestĂ© dâune tragĂ©die Ă la française ». Chrono-lithographie The Genius of Shakespeare », de 1888, le reprĂ©sentant devant ses plus cĂ©lĂšbres piĂšces de théùtre .©Bridgeman Images ZOOM cliquer lâimage PrĂ©fĂšrera-t-on toujours le Shakespeare dramaturge au Shakespeare poĂšte ? Cette opposition nâa pas lieu dâĂȘtre » assure Jean-Michel DĂ©prats. Il y a autant de poĂ©sie dans son théùtre, que de théùtralitĂ© dans sa poĂ©sie. Des sonnets et diverses formes lyriques sont insĂ©rĂ©s dans ses piĂšces dans PĂ©riclĂšs », La vie dâHenri V », La TempĂȘte » Les chansons dâAriel, RomĂ©o et Juliette » le choeur et le premier Ă©change entre les amants⊠» Quant aux Sonnets » eux-mĂȘmes, ils ont autant vocation ĂȘtre dits Ă haute voix que lus ». ChantĂ©s mĂȘme, parfois le metteur en scĂšne amĂ©ricain Robert Wilson en a fait en 2010 un beau spectacle musical, sur une partition du tĂ©nor pop Rufus Wainwright. La messe est dite. Shakespeare in love » a rĂ©volutionnĂ© la poĂ©sie, comme le théùtre. Depuis quatre siĂšcles, le poĂšte amoureux fait battre les coeurs plus vite avec ses intrigants sonnets. Quel amante rĂ©sisterai Ă lâappel du numĂ©ro 43 ? Tous mes jours sont des nuits tant que je ne te voie/et mes nuits des jours clairs quand je rĂȘve de toi ». All days are nights to see till I see thee, /And nights brights days when dreams do show thee me » A lire Sonnets et autres poĂšmes OEuvres complĂštes, VIII. Edition publiĂ©e sous la direction de Jean-Michel DĂ©prats et GisĂšle Venet. BibliothĂšque de La PlĂ©iade, pages, 59euros. prix de lancement ; 1 professeure en littĂ©rature anglaise et histoire culturelle des XVIe et XVIIesiĂšcles Ă UniversitĂ© Sorbonne nouvelle. CHRONOLOGIE POETIQUE 1593 publication Ă 29 ans du poĂšme Venus et Adonis » 1594 Le viol de LucrĂšce » 1594 -1995 Ecriture des piĂšces Le Songe dâune nuit dâĂ©tĂ© », fantasmagorie poĂ©tique sâil en est, et de RomĂ©o et Juliette », avec ses accents tragiques et ses sonnets. 1599-1601 Hamlet », la piĂšce la plus intime de Shakespeare, sorte de manifeste mĂ©lancolique. 1609 Publication des Sonnets, probablement Ă©crits dans les annĂ©es 1590. 1610-11 La TempĂȘte », chef-dâoeuvre fĂ©erique. 1611 Macbeth avec son atmosphĂšre onirique et ses sorciĂšres. Par Philippe Chevilley CrĂ©dit Les Echos, le 24 mars 2021 Shakespeare mon amour La premiĂšre rencontre entre RomĂ©o et Juliette se matĂ©rialise par un Ă©change de mots qui devient un sonnet. Pour François-Victor Hugo qui ressuscita le théùtre shakespearien au 19Ăšme, le sonnet est le langage mĂȘme des amoureux. Comment Shakespeare construit-il lâamour dans et par la langue ? Shakespeareâą CrĂ©dits CSA Images-Getty LâinvitĂ©e du jour Anne-Marie Miller-Blaise, professeure en littĂ©rature et histoire culturelle britanniques des 16e-17e siĂšcles Ă lâUniversitĂ© Sorbonne Nouvelle - Paris 3, vice-prĂ©sidente de la SociĂ©tĂ© Française Shakespeare Le sonnet, langage de lâamour Shakespeare a Ă©crit Ă une pĂ©riode oĂč lâon considĂšre le théùtre comme de la poĂ©sie⊠Mais il a un rapport diffĂ©rent peut-ĂȘtre Ă la poĂ©sie et ses enjeux, Ă la fois sur la scĂšne et dans lâĂ©criture de ses sonnets. La rencontre entre RomĂ©o et Juliette se matĂ©rialise dans le texte de la piĂšce, Ă lâacte I scĂšne 5, par un Ă©change de mots qui devient un sonnet⊠Comme le dira plus tard François-Victor Hugo, tous les amoureux font des sonnets, câest le langage mĂȘme des amoureux. Anne-Marie Miller-Blaise Le sonnet, Ă©criture de lâintime ? Penser que le sonnet est une Ă©criture de lâintime est une idĂ©e qui surgit au 18Ăšme siĂšcle lorsquâon commence Ă identifier le Shakespeare des sonnets comme un Shakespeare qui parlerait en son nom propre, et quâon commence Ă voir les sonnets comme une trace autobiographique de lâauteur. DĂšs PĂ©trarque, le sonnet est une forme qui semble donner voix et corps Ă une douleur amoureuse ressentie au plus profond de soi mĂȘme, mais il faut se garder de cette tentation il faut penser le sonnet comme partiellement biographique, peut-ĂȘtre, mais aussi comme une auto-fiction... Anne-Marie Miller-Blaise Textes lus par Denis PodalydĂšs - William Shakespeare,Sonnets, Sonnet 18, Sonnet 20 et Sonnet 64, 1609, traduction de Jean-Michel DĂ©prats, Ă paraĂźtre fin 2020, Ă©dition de la PlĂ©iade, vol. VIII dernier volume des Ćuvres complĂštes Sons diffusĂ©s - Extraits de Shakespeare in love, film de John Madden, 1998- Extrait de RomĂ©o et Juliette, film de Franco Zeffirelli, 1968- Chanson de Rufus Wainwright, Take all my loves Sonnet 40 Ă RĂĂCOUTER SĂRIE William Shakespeare, 4 Ă©pisodes France Culture / La compagnie des auteurs Le mĂȘme Shakespeare Ă©crit Hamlet » et les Sonnets » PAR JEAN-MICHEL DĂPRATS LE 10 MARS 2021 ⊠Entreprendre de retraduire une Ćuvre majeure, mĂȘme cent fois traduite, et parfois avec Ă©clat, nâexprime nullement une insatisfaction vis-Ă -vis des accomplissements antĂ©rieurs. La retraduction ne porte pas en soi une critique voilĂ©e des poĂštes traducteurs qui vous ont prĂ©cĂ©dĂ©. Comme lâĂ©crit clairement Jacques Darras, lui-mĂȘme par deux fois retraducteur rĂ©cent desSonnetsde Shakespeare Câest le propre de lâĆuvre accomplie, en musique comme en poĂ©sie, que de permettre une infinie quantitĂ© de lectures, de traductions. [âŠ] Sachant quâil nây en aura jamais de version dĂ©finitive [âŠ] traduire lesSonnetsde Shakespeare, câest toucher au principe dâinsatisfaction » Il y a toujours place pour autre chose. Au tome I desĆuvres complĂštes de Shakespeare dans la PlĂ©iade, un texte de rĂ©flexion sur les questions de traduction, intitulĂ© Traduire Shakespeare » et sous-titrĂ© Pour une poĂ©tique théùtrale de la traduction shakespearienne », prĂ©sente la problĂ©matique gĂ©nĂ©rale de la traduction théùtrale et explore les apories et les limites de la traduction en français moderne de lâanglais Ă©lisabĂ©thain. Jây affirme la spĂ©cificitĂ© de la traduction destinĂ©e Ă la scĂšne, entĂ©e sur la perception de ce que Patrice Pavis appelle le verbo-corps1 » et qui dĂ©signe lâinscription du souffle et de la gestualitĂ© dans la langue. Ă travers les rythmes, les assonances, les rimes intĂ©rieures, les effets allitĂ©ratifs, les ruptures syntaxiques ou les coulĂ©es verbales, Shakespeare guide lâacteur dans son jeu, et il nâest aucun Ă©lĂ©ment de son Ă©criture dramatique qui soit sans consĂ©quences pour lâinterprĂ©tation dâun rĂŽle. La question se pose donc dâemblĂ©e les caracĂ©risiques de la traduction théùtrale, telle que je lâentends, la dĂ©finis et la pratique, sâappliquent-elles Ă la traduction desSonnets ? Faut-il au contraire inventer une autre approche et esquisser une autre esthĂ©tique pour cerner et transmettre la spĂ©cificitĂ© de la forme lyrique ? Les lignes qui suivent ont pour seul objet dâaborder et de problĂ©matiser ces questions fondamentales. Elles sâattachent Ă dĂ©crire les options adoptĂ©es dans cette nouvelle traduction desSonnets, non Ă Ă©laborer une thĂ©orie de la traduction poĂ©- tique comme celle, convaincante et brillamment argumentĂ©e, que dĂ©veloppe Yves Bonnefoy dans les pages quâil consacre, au sujet des mĂȘmes sonnets, Ă lâexposĂ© de sa propre dĂ©marche. LâĂ©troite imbrication du poĂ©tique et du théùtral dans lâĆuvre de Shakespeare est manifeste. Nul ne songerait Ă dire que Shakespeare est moins poĂšte dans ses piĂšces que dans sesSonnetset ses autres poĂšmes. De nombreuses formes lyriques sont insĂ©rĂ©es dans le tissu mĂȘme des piĂšces, quâil sâagisse, dansRomĂ©o et Juliette, des sonnets que prononce le ChĆur en guise de Prologue Ă la piĂšce, ou, au dĂ©but de lâacte II, du sonnet, encore, que forment les rĂ©pliques alternĂ©es des personnages Ă©ponymes lors de leur premiĂšre rencontre ; ou bien, dansPĂ©riclĂšs, des diffĂ©rentes interventions en octosyllabes de Gower, qui fait fonction de chĆur. Dans lâintervalle la date de compo- sition deRomĂ©o et Juliettese situe entre 1594 et 1596, et celle dePĂ©riclĂšsen 1608, la forme lyrique est choisie en particulier pour les somptueuses interventions du Prologue ou du ChĆur dansLa Vie dâHenry V, et pour les chansons dâAriel dansLa TempĂȘteou celles du Bouffon dansLa Nuit des nâai citĂ© que les exemples les plus manifestes et les plus Ă©tincelants. Ă lâinverse, il y a de la théùtralitĂ© dans lesSonnets. Le recueil de 1609 met plus ou moins en scĂšne les diffĂ©rents moments dâune relation, voire, parfois, une intrigue ; au fil de la sĂ©quence sâinstalle un dialogisme entre deux entitĂ©s qui peuvent ĂȘtre deux identitĂ©s du poĂšte, entre le poĂšte et lâaimĂ©, ou entre le poĂšte et son amante. Bien que la lecture de poĂšmes Ă haute voix ne soit pas, ou ne soit plus, une pratique sociale courante en France â alors quâelle fait partie de la cĂ©lĂ©bration publique de la poĂ©sie en Grande-Bretagne, au Portugal et plus encore en Russie â je soulignerai ici lâimportance de lâoralitĂ©et mĂȘme de lavocalitĂ©de lâĂ©criture poĂ©tique de Shakespeare dans ses crĂ©ations lyriques tout autant que dans son Ćuvre dramatique. La figure du poĂšte nâest pas scindĂ©e en deux le poĂšte desSonnetset des deux grands poĂšmes mythologiques et Ă©rotiques dâune part, celui des crĂ©ations dramatiques de lâautre. Câest le mĂȘme Shakespeare qui Ă©critHamletet lesSonnets. Un mĂȘme rythme emporte et soutient les poĂšmes et les piĂšces de théùtre, oĂč lâon entend et reconnaĂźt une mĂȘme voix. Pour le dire clairement, les sonnets de Shakespeare sont donc des textes Ă direautant que des textes Ă lire. Il y a Ă cet Ă©gard des similitudes entre la traduction théùtrale et la traduction poĂ©tique. Dans lâun et lâautre cas, les mots sont des gestes, traduisant les pulsions de la pensĂ©e dans un phrasĂ© liĂ© au souffle. Incidemment, lâauteur desSonnetsfait une rĂ©fĂ©rence explicite au jeu de lâacteur au Sonnet 23, dont les premiers vers Ă©voquent un acteur en scĂšne hĂ©sitant sur ses vers, / que le trac paralyse et qui oublie son rĂŽle ». Comme la traductionde théùtre, la traductionde poĂ©sie ne peut se contenter de donner Ă comprendre, elle doit aussi donner Ă entendre, et jâajouterai, donner Ă voir Ă lâĆil qui Ă©coute » Claudel. Ă lâinvar du traducteurde théùtre, le traducteur de poĂ©sie nâa quâun guide dans le dĂ©dale des exigences multiples, souvent contradictoires, qui le tenaillent lâĂ©coute dâune voix dont il cherche Ă trouver lâinflexion. Une voix, une diction, une respiration qui lui font prĂ©fĂ©rer tel vocable, telle musique, tel ordre des mots. Ce travail sur la physique de la langue tente de relayer lâĂ©conomie trĂšs particuliĂšre desSonnetset de recrĂ©er en français leur Ă©nergie phonatoire et vocale tout en respectant la contrainte de la concision. Il rĂȘve, face Ă la forme fixe, deux options antithĂ©tiques qui divisent et opposent les traducteurs soit le respect sacrĂ© de toutes les caractĂ©ristiques formelles du poĂšme, et en particulier du sonnet dans sa version dite shakespearienne » â sa rĂ©gularitĂ© mĂ©trique mais aussi ses rimes et son schĂ©ma de rimes â, soit, Ă lâinverse, une Ă©criture plus libre privilĂ©giant dâautres Ă©lĂ©ments, comme la clartĂ© du sĂ©mantisme et le suivi de la ligne narrative et dramatique. La lecture de nombreuses traductions desSonnetsmontre que les Ă©lĂ©ments majeurs de ces deux options, respect des caractĂ©ristiques formelles et suivi de la ligne narrative et dramatique, ne sont guĂšre compatibles. Deux Ă©cueils symĂ©triques sur lesquels nous allons revenir guettent en effet le traducteur qui adopte lâune ou lâautre approche de façon systĂ©matique. Il va de soi que ces options contraires ne sont pas les seules qui sâoffrent aux traducteurs ⊠La fascination exclusive de la forme, conçue comme seule incarnation respectable de la fidĂ©litĂ©, fait courir le risque de la domination de la mĂ©trique et donc du primat de la versification ; elle Ă©loigne le traducteur de la crĂ©ation poĂ©tique dans sa langue et dans son temps. Aujourdâhui surtout, alors que la poĂ©sie contemporaine ne pratique plus guĂšre la rime, sauf avec des intentions parodiques. Contrairement Ă ce que lâon croit couramment, rien nâest plus facile ni plus dangereux pour un traducteur que dâĂ©crire non pas de la poĂ©sie, mais des vers, de cĂ©der Ă ce quâHenri Meschonnic appelle, avec lâacerbe et impi- toyable luciditĂ© qui le caractĂ©rise, la comĂ©die versificatoire ». On dĂ©cĂšle Ă la simple Ă©coute les mots qui ne sont lĂ que pour la rime ou pour le mĂštre et auxquels rien ne correspond dans lâoriginal. Il peut certes arriver que les rimes dâun sonnet de Shakespeare soient rhĂ©toriques et de pure forme, voire quâil sâagisse de simples rimes pour lâĆil. Mais câest extrĂȘmement rare. Une traduction qui accorde la prĂ©dominance aux structures rimiques et mĂ©triques sâĂ©loigne du suivi scrupuleux de la construction verbale et du parcours du sens. Elle conduit Ă privilĂ©gier la rhĂ©torique, confond poĂ©sie et versification. Une telle dĂ©marche convient mieux sans doute Ă des Ćuvres marquĂ©es par un degrĂ© extrĂȘme de formalisation, comme les longs poĂšmes narratifs que sontVenus et AdonisetLe Viol de LucrĂšce. Les traducteurs qui, Ă rebours, se mĂ©fient de lâembaumement quâimplique la prĂ©dominance de la forme courent quant Ă eux le risque ou assument le choix ? de transformer le poĂšme en rĂ©cit en prose, une prose au mieux cadencĂ©e ou rythmĂ©e. Une partie des traductions les plus rĂ©centes se mĂ©fient tellement des formes fixes et des vers rĂ©guliers â dĂ©casyllabes ou alexandrins â quâelles conduisent Ă nier tout principe de rĂ©currence et de structuration dans la crĂ©ation du poĂšme. Une suite de lignes composĂ©es dâun nombre constamment variable de syllabes fait totalement oublier la forme du sonnet. Les rĂ©alisations qui en dĂ©coulent donnent le sentiment que le traducteur nâa fait que la moitiĂ© du chemin, tenant pour nĂ©gligeable le fait que la crĂ©ation poĂ©tique de Shakespeare apris formedans une construcion verbale codifiĂ©e qui canalise sans lâocculter le jaillissement de la pensĂ©e. Conscient de ces deux dangers opposĂ©s, jâai, pour ma part, tentĂ© un compromis ou une synthĂšse des deux approches en traduisant lesSonnetsde Shakespeare en alexandrins blancs, donc en vers non rimĂ©s, convaincu quâassonances, allitĂ©rations, rimes intĂ©rieures, Ă©chos internes et rythme dâensemble offrent une structuration plus discrĂšte mais tout aussi efficace que celle des rimes. Les premiĂšres traductions des Sonnets de Shakespeare en alexandrins non rimĂ©s sont dues Ă Abel DoysiĂ© 1919 puis Ă Ămile Le Brun 1927, suivis plus tardivement 1942 par Giraud dâUccle pseudonyme de LĂ©on Kochnitzky, puis avec brio par Henri Thomas 1961, et dans un passĂ© plus rĂ©cent par Robert Ellrodt 2002, 2007, envers qui jâexprime ici ma gratitude et mon admiration. Sa traduction est Ă ce jour la plus sĂ»re du point de vue de lâexacitude et de la complexitĂ© du sens. Mon approche se diffĂ©rencie de la sienne en ce que je mâaccorde plus de souplesse et de libertĂ©s dans lâordonnancement du poĂšme, incluant dans un souci de fluiditĂ©, au milieu des alexandrins blancs, des vers de quatorze syllabes quand le contenu informatif oblige Ă ĂȘtre plus long et des dĂ©casyllabes quand, Ă lâinverse â plus rarement â, ce mĂštre suffit Ă prendre en charge la totalitĂ© des dĂ©notations et connotations. Puisque le ton et le style de lâĂ©nonciation sont dĂ©libĂ©rĂ©ment plus modernes que dans les traductions en alexandrins classiques, jâai Ă©galement souvent recours Ă lacĂ©sure Ă©pique ; courante au Moyen Ăge, rĂ©apparue avec les symbolistes et les modernistes, elle consiste Ă compter comme hexasyllabe un premier hĂ©mistiche se terminant soit par unemuet non suivi dâune voyelle, soit par unesuivi dâunsmarquant le pluriel, alors que dans lâalexandrin classique lâhĂ©mistiche nâest hexasyllabique que si leemuet est suivi dâune voyelle. Ainsi, dans ma traduction, le vers 1 du Sonnet 65 Sâil nâeest bronze ni pierre, terre ou mer infinie », ou le vers 7 du Sonnet 78 Ont ajoutĂ© des plumes Ă lâaile des savants », hypermĂ©triques 13 syllabes si lâon applique rigoureusement les rĂšgles de lâalexandrin classique, peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des alexandrins si, suivant la pratique orale, on a recours Ă lacĂ©sure Ă©piquequi Ă©lide la syllabe finale des premiers hĂ©mistiches pierre » dans le Sonnet 65 ou plumes » dans le Sonnet 781.Cette variĂ©tĂ© mĂ©trique et la licence quâajoute la cĂ©sure Ă©pique visent Ă Ă©liminer les chevilles et Ă privilĂ©gier lâĂ©nonciation mimĂ©tique sans recourir Ă des artifices de pure forme. Henri Meschonnic invite Ă pourchasser aujourdâhui les poĂ©tismes », dont lâinversion sytĂ©matique et la nĂ©gation simple un ne » non suivi dâun pas » ou dâun point » sont les manifestations les plus frĂ©quentes. Sans ignorer que la diction poĂ©tique ne sâindexe pas sur le parler courant ou lâoralitĂ© naturelle, je crois plus proche de lâessence de la poĂ©sie de rĂ©duire artefacts et conventions dĂ©sormais mortes, et je nâai pour ma part aucune gĂȘne Ă dĂ©clarer que jâai obstinĂ©ment recherchĂ© la clartĂ© et la limpiditĂ©, activant constamment cette propriĂ©tĂ© inhĂ©rente Ă la traduction dâopĂ©rer quel que soit le dessein conscient du traducteur une forme dâexĂ©gĂšse et dâexplicitation. Beaucoup de sonnets shakespeariens Ă©tant dâune grande complexitĂ© et dâune grande densitĂ© de pensĂ©e, ce souci de limpiditĂ© me semble plus Ă mĂȘme de donner un Ă©cho convaincant du poĂšme quâune pratique faussement mallarmĂ©enne dâobscuritĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e. Je nâentends personnellement pas la voix de Shakespeare dans ces versions françaises qui, confuses Ă la premiĂšre lecture, le relĂšent Ă la deuxiĂšme ou Ă la troisiĂšme et qui semblent confondre obscuritĂ© et profondeur. Sur un point prĂ©cis, jâai, traduisant lesSonnets, inflĂ©chi ma pratique par rapport Ă mes principes de traduction des Ćuvres dramatiques celui du respect de lâalternance entre tutoiement et vouvoiement ou, pour ĂȘtre linguistiquement plus exa ?, de lâalternance entre leyouet lethoudans lâadresse Ă un interlocuteur en anglais nâest que de façon trĂšs globale et grossiĂšre que lâon peut assimiler lâalternance duyouet duthouen anglais Ă©lisabĂ©thain Ă celle du vouvoiement et du tutoiement en français. Dans les Ćuvres dramatiques, lâessentiel est de marquer le passage duyouauthouĂ lâintĂ©rieur dâune scĂšne, et parfois le retour auyouau cours de la mĂȘme scĂšne. Seul le passage duvo=autuet le retour Ă©ventuel auvo=peuvent marquer en français la modification du rapport entre deux personnages. Il ne me paraĂźt guĂšre dĂ©montrable que, dans lesSonnets, lâadresse au bien-aimĂ© ou Ă lâamante parthouimplique un rapport plus intime et plus affectif que lâadresse paryou. Dans ces conditions, jâai optĂ© pour le tu » dans tous les cas de figure, le vouvoiement dâune amante ou dâun bien-aimĂ© risquant de traduire une forme de snobisme et exprimant surtout en français la dĂ©fĂ©rence et la distance sociale. Il est de fait que lâhomme dont le poĂšte est amoureux dans lesSonnetsâ quâil se nommĂąt Henry Wriothesley ou William Herbert, selon les conjectures les plus frĂ©quentes â Ă©tait un aristocrate, mais privilĂ©gier le vous » dans ces poĂšmes dâamour conduit, me semble-t-il, Ă renoncer Ă lâexpression du sentiment dâintense attachement affectif dont ils tĂ©moignent. Câest assurĂ©ment un choix discutable, mais je le revendique parce quâil me semble un adjuvant prĂ©cieux dans la recherche dâune proximitĂ© avec le lecteur âŠ. Jean-Michel DĂ©prats Extraits du texte de Jean-Michel DĂ©prats Traduire les Sonnets » dans le volume Sonnets et autres poĂšmes qui vient de paraitre sous sa direction et celle de GisĂšle Venet dans le Tome VIII des Oeuvres complĂštes de Shakespeare, BibliothĂšque de la PlĂ©iade Jean-Michel DĂ©prats » et Rare portrait considĂ©rĂ© comme authentique de William Shakespeare , vers 1610, attribuĂ© Ă John Taylor et dit le Chandos » pour avoir appartenu Ă Lord Chandos » photos CrĂ©dit
11° Dire quâautrui ne mâapparaĂźt pas comme objet, ne signifie pas seulement que je ne prends pas lâautre homme pour une chose soumise Ă mes pouvoirs, que je ne le prends pas pour un quelque chose ». Câest affirmer que le rapport mĂȘme qui, originellement, sâĂ©tablit entre moi et autrui, entre moi et quelquâun, ne saurait, Ă proprement parler, se loger dans un acte de connaissance qui, comme tel, est prise et comprĂ©hension, investissement dâobjets. PrĂ©tendĂ»ment extĂ©rieur, lâobjet est dĂ©jĂ englobĂ© par moi statut ambigu de lâimmanence et de la transcendance. Le rapport Ă autrui, câest prĂ©cisĂ©ment la fin de cette ambiguĂŻtĂ© et de la vieille tentation de la philosophie idĂ©aliste, oĂč la venue du langage nâest que de surcroĂźt, pour faire connaĂźtre au dehors ce qui se passe rigoureusement en nous, ou pour servir Ă la pensĂ©e intĂ©rieure dâinstrument dâanalyse ou de dĂ©pĂŽt oĂč sâaccumulent ses rĂ©sultats acquis. Dans la relation Ă autrui, cette intĂ©rioritĂ© serait dâemblĂ©e rompue et le langage, â le dire qui dit, ne fĂ»t-ce quâimplicitement, tu â nâest pas la communication, toujours facultative, de la rencontre. Il est lâĂ©vĂ©nement de cette rencontre mĂȘme, lâĂ©clatement mĂȘme de la pensĂ©e sortant dia-logiquement dâelle-mĂȘme et tout autrement quâune noĂšse qui, Ă travers le mĂȘme, se projette vers lâobjet quâelle se donne. 2Martin Buber dĂ©couvre cet Ă©clatement ou ce retournement de lâintentionalitĂ© en langage. Aussi commence-t-il sa dĂ©marche de philosophe par le premier mot, le mot fondamental, par le Grundwort au lieu de rĂ©flĂ©chir sur le cogito. Le Grundwort Je-Tu est, en fin de compte, la condition de lâouverture de tout langage, mĂȘme de celui qui Ă©nonce le rapport de pure connaissance exprimĂ© par le Grundwort Ich-Es, Je-Cela, car, comme langage prĂ©cisĂ©ment, celui-ci interpelle aussi un interlocuteur, est dĂ©jĂ dialogue ou rĂ©sidu dâun dialogue. 3Cette mise en valeur de la relation dia-logale et de son irrĂ©ductibilitĂ© phĂ©nomĂ©nologique, de son aptitude Ă constituer un ordre sensĂ© autonome et aussi lĂ©gitime que la traditionnelle et privilĂ©giĂ©e corrĂ©lation sujet-objet dans lâopĂ©ration de la connaissance, restera lâapport inoubliable des travaux philosophiques de Martin Buber. La multiplicitĂ© quâimplique la proximitĂ© sociale, nâest plus, par rapport Ă lâunitĂ© â ou Ă la synthĂšse ou Ă la totalitĂ© de lâĂȘtre que recherche le savoir ou la science â, une dĂ©gradation du rationnel ou une privation. Câest un ordre pleinement sensĂ© de la relation Ă©thique, relation avec lâaltĂ©ritĂ© inassimilable et, ainsi, Ă proprement parler, in-com-prĂ©hensible â Ă©trangĂšre Ă la saisie et Ă la possession â, dâautrui. La dĂ©couverte de cet ordre dans sa pleine originalitĂ© et lâĂ©laboration de ses consĂ©quences et, si on peut dire, de ses catĂ©gories », restent insĂ©parables du nom de Buber, quelles que soient les voix concordantes au milieu desquelles la sienne se fit entendre, fussent-elles aussi souveraines que celle de Gabriel Marcel dans le Journal MĂ©taphysique. Mais mĂȘme le fait dâavoir foulĂ© et fouillĂ© le domaine du dialogue sans se savoir sur un terrain dĂ©jĂ dĂ©gagĂ© par un autre, ne dispense pas le chercheur dâallĂ©geance Ă Buber. Rien ne pourrait limiter lâhommage qui lui est dĂ». Aucune rĂ©flexion sur lâaltĂ©ritĂ© dâautrui dans son irrĂ©ductibilitĂ© Ă lâobjectivitĂ© des objets et Ă lâĂȘtre des Ă©tants, ne peut ignorer la percĂ©e accomplie par lui et doit y trouver encouragement. 4Aussi, dans nos remarques Ă son sujet qui indiquent quelques points de divergence, ne sâagit-il pas de mettre en question les analyses fondamentales et admirables de Ich und Du et, encore moins, dâentrer dans la pĂ©rilleuse ou ridicule entreprise tendant Ă amĂ©liorer » la doctrine dâun authentique crĂ©ateur. Mais le paysage spĂ©culatif ouvert par Buber est assez riche et encore assez neuf, pour rendre possible certaines perspectives de sens quâon ne peut pas toujours reconnaĂźtre, du premier coup du moins, Ă partir des voies magistralement frayĂ©es par le pionnier. 5Nos remarques, qui distinguent des positions diffĂ©rentes entre Buber et celles que nous adoptons dans nos propres essais, sont formulĂ©es en guise de notes de travail qui touchent Ă divers thĂšmes. Elles ne dessinent pas les aperçus qui les fondent et constituent souvent des questions plutĂŽt que des objections. Il nâest peut-ĂȘtre pas impossible de leur trouver une rĂ©ponse â ou mĂȘme de trouver aux idĂ©es qui les dĂ©terminent une place â dans les textes de Buber. Mais cela relĂšve dâune Ă©tude qui nâest pas tentĂ©e aujourdâhui. 62° Une remarque prĂ©alable sâimpose encore. On pourrait sâĂ©tonner que devant le dĂ©chaĂźnement de tant de forces, de violences et de voracitĂ©s qui emplissent notre histoire, nos sociĂ©tĂ©s et nos Ăąmes, on soit allĂ© chercher dans le Je-Tu ou dans la responsabilitĂ©-dâun-homme-pour-lâautre-homme les catĂ©gories de lâHumain. Etonnements de bien des nobles esprits. Ce fut certainement le cas de notre regrettĂ© ami, le Professeur Alphonse De Waelhens â Ă la mĂ©moire de qui est consacrĂ© le prĂ©sent recueil dâĂ©tudes â quand, aprĂšs tant de beaux travaux consacrĂ©s Ă la phĂ©nomĂ©nologie, il parla de la distance qui sĂ©pare lâanthropologie philosophique et le visage de la vraie misĂšre des hommes et quand, pour regarder cette misĂšre dans les yeux, il se mit Ă frĂ©quenter les hĂŽpitaux psychiatriques aprĂšs tant de bibliothĂšques. Mais, peut-ĂȘtre, rechercher dans les structures Ă©thiques de la proximitĂ©, le secret de lâhumain nâĂ©quivaut-il pas Ă la tentative de fermer les yeux sur sa misĂšre. Ce nâest pas par la confiance en le progrĂšs qui serait assurĂ©e par une dialectique consolante ou par des signes avant-coureurs dâun nouvel Ăąge dâor, empiriquement recueillis, que se justifie Ă notre sens cette recherche sur lâĂ©thique comme philosophie premiĂšre. Ce sont certainement les nĂ©cessitĂ©s implacables de lâĂȘtre qui expliquent lâhistoire inhumaine des hommes plutĂŽt quâune Ă©thique de lâaltĂ©ritĂ©. Mais câest parce que, dans lâĂȘtre, lâhumain a surgi, que ces implacables nĂ©cessitĂ©s et ces violences et cet universel inter-essement sont en question et se dĂ©noncent comme cruautĂ©s, horreurs et crimes, et que lâhumanitĂ©, Ă la fois, sâobstine Ă ĂȘtre et sâatteste, contre le conatus essendi, dans les saints, et les justes, et ne se comprend pas seulement Ă partir de son ĂȘtre-au-monde, mais aussi Ă partir des livres. LâhumanitĂ© de lâhumain, nâest-ce pas dans lâapparent contre-nature de la relation Ă©thique Ă lâautre homme, la crise mĂȘme de lâĂȘtre en tant quâĂȘtre ? 73° Pour Buber, le tu que le je interpelle, est dĂ©jĂ , dans cette interpellation, entendu comme un je qui me dit tu. Lâinterpellation du tu par le je, serait donc dâemblĂ©e, pour le je, lâinstauration dâune rĂ©ciprocitĂ©, dâune Ă©galitĂ© ou dâune Ă©quitĂ©. DĂšs lors, entendement du je en tant que je et possibilitĂ© dâune thĂ©matisation adĂ©quate du je. LâidĂ©e du je ou dâun Moi en gĂ©nĂ©ral se dĂ©gagerait de cette relation aussitĂŽt une rĂ©flexion totale sur moi-mĂȘme serait possible et ainsi, lâĂ©lĂ©vation du Moi au concept, Ă la SubjectivitĂ© au-dessus de la centralitĂ© vĂ©cue du je ; Ă©lĂ©vation qui, dans le rationalisme traditionnel, passe pour meilleure » ou plus spirituelle » que la centralitĂ© et signifierait une libĂ©ration » Ă lâĂ©gard du subjectivisme partial et de ses illusions intellectuelles et morales. 8Dans nos propres analyses, lâabord dâautrui nâest pas originelle ment dans mon interpellation de lâautre homme, mais dans ma responsabilitĂ© pour lui. Relation Ă©thique originelle. â Cette responsabilitĂ© serait appelĂ©e et suscitĂ©e par le visage de lâautre homme, dĂ©crit comme une rupture des formes plastiques de la phĂ©nomĂ©nalitĂ© et de lâapparaĂźtre droiture de lâexposition Ă la mort et ordre Ă moi donnĂ© de ne pas laisser autrui Ă lâabandon parole de Dieu. Importance mĂ©thodologique de lâinterprĂ©tation du visage et de son originalitĂ© dans le perçu, selon une signifiance indĂ©pendante de celle que lui prĂȘte le contexte du monde. CentralitĂ© indĂ©racinable du je â du je ne sortant pas de sa premiĂšre personne â qui signifierait le caractĂšre illimitĂ© de cette responsabilitĂ© pour le prochain je ne suis jamais quitte Ă lâĂ©gard dâautrui. â ResponsabilitĂ© pour lâautre homme, que ne conditionnent pas, ni ne mesurent des actes libres dont cette responsabilitĂ© serait la consĂ©quence. ResponsabilitĂ© gratuite qui ressemble Ă celle dâun otage et qui va jusquâĂ la substitution Ă autrui, sans exigence de rĂ©ciprocitĂ©. Fondement des notions de fraternitĂ© et dâexpiation pour lâautre homme. Ici donc, contrairement au Je-Tu de Buber, pas dâĂ©galitĂ© initiale le tutoiement du Je-Tu est-il justifiĂ© ?. InĂ©galitĂ© Ă©thique subordination Ă autrui, diaconie originelle la premiĂšre personne Ă lâaccusatif » et non pas au nominatif ». DâoĂč la vĂ©ritĂ© profonde de la formule de DostoĂŻevski dans les FrĂšres Karamazov, souvent citĂ©e Nous sommes tous coupables de tout et de tous envers tous et moi plus que tous les autres ». Le superlatif final ne se rĂ©fĂšre pas, bien entendu, Ă des donnĂ©es biographiques, ni aux traits de caractĂšre du personnage qui Ă©nonce cette proposition. 94° ResponsabilitĂ© incessible, comme si le prochain mâappelait avec urgence et nâen appelait quâĂ moi, comme si jâĂ©tais seul concernĂ©. La proximitĂ© mĂȘme rĂ©side dans lâexclusivitĂ© de mon rĂŽle. Il est Ă©thiquement impossible de rejeter sur un tiers ma responsabilitĂ© pour le prochain. Ma responsabilitĂ© Ă©thique, câest mon unicitĂ©, mon Ă©lection et ma primogĂ©niture ». â LâidentitĂ© et lâunicitĂ© du moi ne semblent pas faire problĂšme chez Buber. Elles ne se tirent pas de la corrĂ©lation mĂȘme du dialogue oĂč le moi est concret. Son individuation » ne demeure-t-elle pas chez lui implicitement substantialiste ? 105° Relation avec lâautre dans la rĂ©ciprocitĂ©, la justice chez Buber commence dans le Je-Tu. Dans la perspective que nous avons suivie, le passage de lâinĂ©galitĂ© Ă©thique â de ce que nous avons appelĂ© dissymĂ©trie de lâespace intersubjectif â Ă lâ Ă©galitĂ© entre personnes », viendrait de lâordre politique de citoyens dans un Etat. La naissance de lâEtat Ă partir de lâordre Ă©thique serait intelligible dans la mesure oĂč jâai aussi Ă rĂ©pondre du tiers Ă cĂŽtĂ© » de mon prochain. Mais qui est Ă cĂŽtĂ© de qui ? LâimmĂ©diatetĂ© de ma relation au prochain est modifiĂ©e par la nĂ©cessitĂ© de comparer les hommes entre eux et Ă les juger. Recours Ă des principes universels, lieu de la justice et de lâobjectivitĂ©. â La citoyennetĂ© ne met pas fin Ă la centralitĂ© du Je. Elle la revĂȘt dâun sens nouveau sens rĂ©vocable. LâEtat peut se mettre Ă fonctionner selon les lois de lâĂȘtre. Câest la responsabilitĂ© pour autrui qui mesure la lĂ©gitimitĂ© de lâEtat, câest-Ă -dire sa justice. 116° La pensĂ©e Ă laquelle le dialogue appartient organiquement et primordialement chez Buber, ne reste-telle pas, par ailleurs, chez lui, dans lâĂ©lĂ©ment de la conscience ? â Il nous a semblĂ© essentiel dâinsister sur lâirrĂ©ductibilitĂ© de la responsabilitĂ© envers autrui Ă lâintentionnalitĂ© de la conscience, pensĂ©e du savoir, fermĂ©e sur la transcendance de lâAutre et qui assure comme savoir lâĂ©galitĂ© entre idĂ©e et ideatum et dans le parallĂ©lisme rigoureux noĂ©tico-noĂ©matique et dans lâadĂ©quation de sa vĂ©ritĂ© et dans la plĂ©nitude intuitive remplissant » la visĂ©e du Meinen, le satisfaisant comme on satisfait un besoin. La relation Ă©thique Ă lâautre homme, la proximitĂ©, la responsabilitĂ© pour autrui, ne serait pas une simple modulation de lâintentionnalitĂ© ; câest la modalitĂ© concrĂšte sous laquelle se produit prĂ©cisĂ©ment une non-in-diffĂ©rence de lâun Ă lâautre ou du MĂȘme Ă lâAutre, câest-Ă -dire une relation du MĂȘme Ă ce qui nâest plus Ă la mesure du MĂȘme et qui, dans un certain sens, n'est pas du mĂȘme genre ». La proximitĂ© quâassure la responsabilitĂ© pour lâautre nâest pas le pis-aller entre termes » qui ne sauraient coĂŻncider, ni fusionner Ă cause de leur diffĂ©rence, mais lâexcellence nouvelle et propre de la socialitĂ©. 12Il y aurait, ici, dans notre maniĂšre, comme une dĂ©duction de situations concrĂštes » Ă partir de significations abstraites dont se reconstituent les horizons ou la mise en scĂšne ». ManiĂšre d'inspiration phĂ©nomĂ©nologique et souvent pratiquĂ©e depuis TotalitĂ© et Infini. Par exemple, le chez soi » comme inflexion du Moi, recherchĂ© dans la concrĂ©tude de la demeure, et lâintĂ©rioritĂ© de la demeure ramenant au visage fĂ©minin. Insistance, dâautre part, sur la limite que la concrĂ©tude du contenu Ă©thique » impose Ă la nĂ©cessitĂ© des structures purement formelles la subordination » peut exclure la servitude quand elle est responsabilitĂ© pour autrui » ; lâobĂ©issance ne contredit pas la libertĂ© quand câest lâInfini qui commande ; le plus est dans le moins dans lâidĂ©e cartĂ©sienne de Dieu ; les possibles sont au-delĂ des limites du possible dans la paternitĂ© etc. La distinction si importante de Husserl Ideen, I, § 13 entre le formel vide et le gĂ©nĂ©ral, toujours encore Sachhaltig, ne comporte-t-elle pas, malgrĂ© la subordination du genre Ă la forme la possibilitĂ© dâune certaine distorsion de la forme par le contenu ? 137° Dieu pour Buber est le grand Toi ou le Toi Ă©ternel. En Lui se croisent, Ă Lui aboutissent les relations des hommes entre eux. â Nous nous sommes montrĂ© moins assurĂ© que ce quâon appelle Personne divine, tienne dans le Tu du dialogue et que piĂ©tĂ© et priĂšre soient dialogues. Nous avons Ă©tĂ© amenĂ© Ă recourir Ă la troisiĂšme personne, Ă ce que nous avons appelĂ© illĂ©itĂ© pour parler de lâInfini et de la transcendance divine, autre que lâaltĂ©ritĂ© dâautrui. IllĂ©itĂ© de Dieu qui me renvoie au service du prochain, Ă la responsabilitĂ© pour lui. Dieu serait personnel en tant que suscitant des rapports interpersonnels entre moi et mes prochains. Il signifie Ă partir du visage de lâautre homme dâune signifiance qui nâest pas articulĂ©e comme rapport de signifiant Ă signifier, mais comme ordre Ă moi signifiĂ©. Toujours la venue de Dieu Ă lâidĂ©e, est liĂ©e dans nos analyses Ă la responsabilitĂ© pour lâautre homme et toute affectivitĂ© religieuse signifie dans sa concrĂ©tude une relation Ă autrui ; la crainte de Dieu serait concrĂštement ma crainte pour le prochain. Elle ne retourne pas, malgrĂ© le schĂ©ma heideggĂ©rien de lâaffectivitĂ©, Ă la crainte pour soi-mĂȘme. 1 Voir Ă ce propos, dans notre livre Noms propres, les pages 51-55. Nous renvoyons aussi pour le prob ... 148° Le dualisme bubĂ©rien des mots fondamentaux Je-Tu et Je-Cela, de la relation sociale et de lâobjectivation, ne peut-il pas ĂȘtre surmontĂ© ? Nous avons dĂ©jĂ fait allusion Ă la venue du tiers dans la relation au prochain, motivant thĂ©matisation, objectivation et savoir. Mais le pour lâautre mĂȘme de la socialitĂ© nâest-il pas concret dans le donner et ne suppose-t-il pas les choses sans lesquelles, les mains vides, la responsabilitĂ© pour autrui ne serait que la socialitĂ© Ă©thĂ©rĂ©e des anges1 ? 159° Le langage de Buber, si fidĂšle Ă la nouveautĂ© de la relation avec autrui par rapport au savoir allant Ă lâĂȘtre, rompt-il entiĂšrement avec la prioritĂ© de lâontologie ? Je-Tu ne se dit-il pas comme une façon propre dâatteindre lâĂȘtre ? Nous avons essayĂ© de penser la relation Ă autrui et lâInfini comme dĂ©s-inter-essement dans les deux sens du terme comme gratuitĂ© de la relation, mais aussi comme lâĂ©clipse du problĂšme traditionnel de lâĂȘtre dans la relation avec Dieu et avec autrui. Le problĂšme du sens de lâĂȘtre, devient dans cette maniĂšre de penser la mise en question du conatus essendi qui, dans la comprĂ©hension de lâĂȘtre », restait le trait essentiel de lâĂȘtre l'ĂȘtre du Dasein signifiait avoir Ă ĂȘtre. Dans la responsabilitĂ© pour lâautre homme, mon ĂȘtre est Ă justifier ĂȘtre-lĂ , nâest-ce pas dĂ©jĂ occuper la place dâun autre ? Le Da du Dasein est dĂ©jĂ un problĂšme Ă©thique.
qu implique le tutoiement dans une relation